La Bavière

La Bavière#

Johannes Siedersleben, Paris, juillet 2013

Qu’est-ce que la Bavière ? Mille choses à la fois. Non pas une montagne mais tout une palette allant de la montagne à vaches jusqu’aux murs vertigineux des Alpes. Non pas un lac mais une multitude de lacs rivalisant de beauté et de grâce. Non pas une rivière mais toute une famille de rivières qui se joignent les unes aux autres pour atteindre finalement soit la Mer Noire par le Danube, soit la Mer du Nord par le Main et le Rhin. Non pas un dialecte mais de nombreuses variations, chacune présentant des intonations inattendues, parfois drôles, et son propre lexique de gros mots.

Voyager en Bavière, c’est trouver le monde élégant à Munich ; rencontrer le Moyen Age à Nuremberg, Donauwörth ou Rothenburg ; s’immerger dans le silence et la solitude de la Forêt Bavaroise ; escalader les sommets des Alpes, les uns simples et accueillants, les autres difficiles et rébarbatifs; visiter les auberges dont beaucoup ont gardé leur charme d’autrefois et où l’on mange à la bonne franquette des plat abondants, savoureux et pas chers ; enfin, plaisir suprême par une journée chaude d’été, boire de la bière fraîche à l’ombre du châtaigner d’un Biergarten.

Voyager en Bavière, c’est aussi trouver des autoroutes, certes utiles, mais qui n’embellissent pas toujours le paysage ; s’étonner des rectifications de rivières comme l’Altmühl ou le Danube dont personne n’a jamais compris le sens ; rester perplexe devant quelques atrocités architecturales qui gâchent pas mal de villes et de paysages.

Alors, qu’est-ce que ce pays ?

La Bavière est un creuset ou se sont rencontrés peuples, cultures, artistes et armées. Comme tous les pays, elle a dû digérer des éléments de toutes sortes au cours de son histoire. Au Moyen Âge, la Bavière se bat contre les Autrichiens. Plus tard, elle accueille René Descartes qui a eu quelques-unes de ses meilleures idées dans un four bavarois (les fours étaient spacieux à cette époque). Pendant la guerre de Trente Ans, elle se bat aux côtés des Autrichiens contre les pays protestants et les Suédois sous Gustav-Adolf. Pendant l’ère napoléonienne, elle se bat d’abord contre la France, devient ensuite de fait une province française au sein de la confédération germanique et suit Napoléon bon gré mal gré jusqu’en Russie, laissant beaucoup de jeunes Bavarois perdus dans l’immensité de ce pays. Elle se bat encore aux côtés des Autrichiens contre la Prusse pour être intégrée enfin dans le Deutsche Reich. De nombreux artistes originaires de France ou d’Italie contribuent aux arts en général et à l’architecture en particulier. Qu’est-ce que serait Munich sans le Théâtre de Cuvilliés ou le château de Nymphenburg créé par des architectes italiens? Il y a des villes où l’on se croirait en Italie : la vieille ville de Rosenheim et le quartier riverain de Wasserburg sur Inn en sont des exemples.

La Bavière est un creuset de religions et d’idéologies. Son catholicisme toujours prédominant s’est donné, à quelques exceptions près bien sûr, une forme sympathique et tolérante. Là-bas, il est devenu une religion qui ne se prend pas trop au sérieux, qui est tolérante, peu dogmatique et qui sert surtout de prétexte à de nombreuses fêtes se terminant parfois en débauche. Aujourd’hui, catholiques, protestants, athées, musulmans et adhérents à bien d’autres religions vivent, tout compte fait, paisiblement ensemble.

La Bavière est une série de tableaux formant un tout à la fois hétéroclite et harmonieux : les paysans travaillent dans les champs avec le matériel le plus moderne ; les employés passent devant des façades historiques pour se rendre à leurs bureaux dans des tours d’acier et de verre ; les charpentiers mettent la poutre de faîte sur le toit ; les lacs sont parsemés de voiles blanches et les sommets de la haute montagne s’élancent vers le ciel ; les grimpeurs se désaltèrent devant un refuge en regardant avec respect le mur qu’ils se sont proposé d’escalader. La Bavière n’est pas un pays extraordinaire. Des montagnes, des lacs, des rivières, des villes et des villages, il y en a partout. Elle n’a rien qu’on ne trouve ailleurs. Et pourtant, elle est unique en réunissant tous ces éléments en un ensemble qui renforce les beautés et estompe les laideurs.