Modeste Proposition#
Johannes Siedersleben, Tuntenhausen, juillet 2020
La France compte 65 millions d’habitants, 25 millions de porcs et 20 millions de vaches. Elle produit chaque année 240 millions d’hectolitres de lait et 2 millions de tonnes de volaille. La consommation de viande en France est de 90 kg par an et tête, bébés inclus. Étant donné ces chiffres, il n’est pas surprenant que ces bêtes soient élevées dans des conditions souvent abominables : quatre poulets par mètre carré, des veaux enfermés dans des cages qui les empêchent de bouger. Et les chiffres de tous les pays industrialisés se ressemblent. Nous parlons ici d’un problème mondial ; quel en est l’origine ? Bien sûr, on peut nommer l’inhumanité, la cruauté des éleveurs et aussi le manque de pitié, l’indifférence des consommateurs. Mais des diatribes contre les éleveurs et des appels aux consommateurs sont vite oubliés ; des règlements (tant de mètres carrés, des cages de tel gabarit) ne sont certes pas inutiles, mais ne résolvent pas le problème. Et si on convertissait les Français au végétarisme ou au véganisme ? Autant leur interdire le vin, et franchement, je ne sais pas si ça serait encore la France telle que nous l’aimons.
L’origine du mal, c’est notre gourmandise. Nous sommes insatiables. Personne n’a besoin de 90 kg de viande par an ; il est même malsain d’en manger tant. Mais la demande est là, et les éleveurs font l’impossible pour la satisfaire : Ils produisent le maximum aux plus bas coûts au détriment des animaux, des intérimaires dans les fermes et les abattoirs, et aussi de l’environnement : Dans les champs, on ne voit plus que du maïs ; chaque vache produit autant de CO2 par an qu’une voiture moyenne. Nous apercevons ici le côté sombre du capitalisme, qui n’est pas sans mérites mais défaillant en agriculture, dans les transports publics, les hôpitaux et bien d’autres domaines.
Voici ma modeste proposition : Mangeons moins de viande, la moitié par exemple, mais deux fois meilleure et deux fois plus chère. Les bêtes n’auraient plus d’antibiotiques, mais quatre fois plus de place. On ne mangerait de la viande que trois fois par semaine avec deux fois plus de plaisir. Les éleveurs gagneraient autant qu’avant, les consommateurs ne payeraient pas plus cher et les bêtes auraient la belle vie, un peu comme les moutons normands qui broutent l’herbe en profitant de la vue sur le Mont St. Michel. Une utopie ? Et si on commençait par une réduction de 10 pourcents au lieu de 50 ?